Boisseau-Pomez
Maison de ventes aux enchères
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Thierry POMEZ
Philippe BOISSEAU - Léonard POMEZ

Commissaires-priseurs

Record du monde pour une oeuvre d'Edouard Charlemont

Vendredi 12 Février 2021 à 14h
Estimé de 5000 à 6000€, le lot n°294 mis en vente hier chez Ivoire Troyes (maison Pomez et Boisseau) a secoué furieusement le petit monde des collectionneurs d'art. L'oeuvre s'est envolée à 116000€ (hors frais de vente), soit 143850€ sous le marteau de Me Léonard Pomez.
Une somme qui en dit long sur la bataille menée au téléphone entre enchérisseurs.
L'acquéreur de cette huile sur toile intitulée Allégorie à l'Asie, du peintre Edouard Charlemont (1848-1904), est un "grand collectionneur européen" qui a obtenu gain de cause "après une vraie bataille entre 5 enchérisseurs", confie la maison de vente.
Ce collectionneur anonyme a permis à Ivoire Troyes d'établir le record du monde pour une oeuvre de cet artiste. La maison de vente multiplie par trois le précédent record d'un montant de 52000€, détenue par Sotheby's.

Une oeuvre atypique :
Contrairement à ce que laisse entendre son nom, Edouard Charlemont est autrichien, né à Vienne en 1848. Huile sur toile de grand format (138 x 125 cm), Allégorie à l'Asie présente un "Japonais en tenue de cérémonie dans un intérieur architecturé luxuriant à fond d'or".
Cette oeuvre qui évoque à la fois le Japonisme qui fait succomber l'Europe à la fin du XIXème siècle, et par sa folie, les prémices de la Sécession viennoise, est une oeuvre dissociée d'un cycle connu.
Lors de l'expertise et en l'absence de signature, Ivoire Troyes a fait le lien avec une toile similaire dans le format et dans la thématique - Allégorie à l'Afrique - exposée au musée Giersch de Francfort, en 2012, dans le cadre d'une exposition "Heinrich Von Liebieg".

Un mécène reconnu :
Ce cycle commandé à Edouard Charlemont a été peint pour la villa "Liebieg", résidence de cet industriel de l'empire austro-hongrois, à Liberec, en Bohème (actuelle République Tchèque).
Grand mécène, le baron Heinrich Von Liebieg (1839-1904) a fait prospérer la fortune familiale, non dans la soupe, comme son nom inciterait à le croire, mais dans le textile. Les œuvres sculptées ou peintes rassemblées au sein de ses collections appartiennent aujourd'hui à plusieurs grands musées tchèques, allemands et autrichiens.
Allégorie à l'Asie était encore entre les mains de ses descendants, qui l'ont cédé avec bonheur hier.

J.-M. VAN HOUTTE
Paru dans l'Est-éclair le samedi 6 février 2021.